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WebinaireDEEE en Afrique de l’Ouest : ce qu’a établi le webinaire du 4 septembre 2026
7 septembre 2026 · 8 min de lecture
Deux heures et demie d’échanges entre le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, autour d’un constat : l’Afrique ne collecte qu’environ 1 % des déchets d’équipements électriques et électroniques qu’elle génère. Chiffres, cadre réglementaire et engagements pris.
Sergio S. G. DOSSOU — Fondateur et CEO, IFECARM GROUP
Le 4 septembre 2026, une soixantaine de responsables QHSE, d’entreprises solaires, d’ONG et d’acteurs de la filière déchets se sont retrouvés en ligne, du Bénin à la Côte d’Ivoire en passant par le Burkina Faso, le Togo et le Sénégal. Deux heures et demie d’échanges sur une question que le continent ne peut plus repousser : que deviennent nos ordinateurs, nos batteries solaires et nos onduleurs en fin de vie ?
Un gisement qui explose, une filière qui n’existe pas encore
Bruno GBODJIVI a posé les chiffres. Au Bénin, le taux d’accès à l’électricité est passé de 31,4 % en 2014 à 59 % en 2024, selon les données de la Banque mondiale. Dans le même mouvement, les importations d’équipements ont bondi de 5 000 tonnes en 2016 à 35 000 tonnes projetées en 2025 — une multiplication par sept en moins de dix ans.
Face à cette croissance, la capacité de traitement reste marginale : selon le Global E-waste Monitor, l’Afrique ne collecte qu’environ 1 % des DEEE qu’elle génère. Les projections présentées pour le Bénin situent les déchets d’équipements solaires à environ 47 000 tonnes en 2030, et au-delà de 1,3 million de tonnes d’ici 2045 si rien ne change — majoritairement des batteries.
S’y ajoute un marché informel important et l’importation d’équipements d’occasion, parfois déjà en fin de vie à leur arrivée, réparés pour quelques mois de sursis avant de retomber en panne.
Le cadre réglementaire béninois : une volonté, pas encore un mode d’emploi
Le Bénin n’est pas sans droit en la matière. La Constitution garantit un environnement sain, la loi-cadre sur l’environnement a été actualisée, le code d’hygiène publique et les décrets sur les déchets solides s’appliquent, et le pays a ratifié les conventions de Bâle et de Bamako.
Un décret du 2 juillet 2025 fixe désormais les modalités de gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques. Mais, comme l’a souligné Bruno GBODJIVI, il attend ses arrêtés d’application interministériels : en l’état, on ne sait pas précisément ce que les producteurs doivent faire, ni comment. La volonté politique est là ; l’opérationnalisation reste à écrire.
Conséquence directe : sans plan opérationnel, pas de fonds national dédié — un financement vient financer un plan. La piste évoquée reste le Fonds National pour l’Environnement et le Climat, mobilisable par des porteurs de projets de structuration.
La responsabilité élargie du producteur, socle commun
L’orientation institutionnelle vise un système de responsabilité élargie du producteur (REP), sur le modèle de ce qu’ont mis en place le Sénégal, le Ghana, le Kenya et le Rwanda. Le principe est celui du pollueur-payeur : quiconque importe, vend ou commercialise un équipement en devient responsable jusqu’à la fin de sa vie.
Tous ces pays ont commencé par là : d’abord la réglementation et la REP, ensuite les programmes structurels — points de collecte, centres de démantèlement, filières de valorisation.
Classer, tracer, ne pas devenir un centre de stockage
Sur le volet opérationnel, trois messages sont revenus avec insistance. Le premier : un déchet se classe avant de se traiter. La nomenclature européenne à six chiffres — famille, sous-famille, déchet précis, avec un astérisque signalant la dangerosité — reste la référence la plus rigoureuse en l’absence de système national. Les DEEE relèvent du chapitre 16 02, les piles et accumulateurs du 16 06.
Le deuxième : la traçabilité repose sur un bordereau de suivi, du producteur au centre de traitement, et sur un registre tenu à jour — origine du déchet, numéro de bordereau, date d’enlèvement, nature exacte, code de traitement. Le poids y est déterminant : c’est sur lui que s’assied la taxe REP. Le producteur a l’obligation de savoir où finit son déchet, et tout intérêt à contrôler l’état du camion qui vient le chercher : un résidu d’un chargement précédent contamine le sien.
Le troisième, le plus concret pour une entreprise : accumuler ses déchets sur site finit par en changer le statut. On devient centre de stockage, donc exploitant d’une activité classée supplémentaire, avec les obligations et les problèmes assurantiels qui vont avec — sans parler du risque d’effet domino entre substances incompatibles. Le conseil tient en une phrase : évacuer vite, et savoir vers où.
Sur le traitement, la hiérarchie a été rappelée sans ambiguïté : éviter, réduire, réemployer, recycler, valoriser. L’enfouissement est le dernier recours, et il a été explicitement déconseillé. Les DEEE contiennent du cuivre, de l’or, de l’argent et du cobalt : ce sont des ressources, pas seulement une charge.
Les risques, vus du terrain
Othniel N’GORAN a détaillé ce que manipuler des DEEE veut dire concrètement : risque d’électrocution, polluants organiques persistants et métaux lourds — plomb, mercure —, incendie et explosion liés aux batteries au lithium, pollution des sols, de l’air et de l’eau. D’où une règle simple et non négociable : ne jamais mélanger des composants incompatibles, en particulier batteries au lithium et écrans.
Son constat sur la Côte d’Ivoire vaut pour la sous-région : les lois existent, mais l’application et le contrôle font défaut, surtout auprès des petites et moyennes entreprises.
Une stratégie en trois horizons
La séance s’est conclue sur une proposition de trajectoire. À court terme, un à trois ans : cadre réglementaire, cartographie des gisements, création de points de collecte et partenariats public-privé. À moyen terme, trois à cinq ans : centres de regroupement et intégration du secteur informel. À long terme, cinq à dix ans : unités de recyclage à l’échelle régionale.
Deux mises en garde ont fait consensus. La première : aucune entreprise ne peut tenir seule tous les maillons — collecte, démantèlement, valorisation, élimination. Vouloir tout maîtriser mène à l’échec ; mieux vaut se spécialiser sur un maillon et coopérer. La seconde : les textes calqués sur les modèles européens ne suffisent pas. Une nomenclature et des directives pensées pour les contextes africains restent à construire.
C’est précisément le chantier qu’IFECARM GROUP ouvre à la suite de ce webinaire : réunir les retours des participants, formuler des propositions à soumettre aux autorités de la sous-région, et travailler sur des solutions de digitalisation de la traçabilité.
Les documents de travail sont disponibles
Les supports évoqués pendant la séance — note de synthèse, nomenclature des déchets, bordereaux de suivi — sont réunis dans un kit documentaire accessible depuis notre espace ressources. Une précision utile : ces référentiels relèvent du droit français et européen. Ils sont fournis comme méthodes de travail et modèles transposables, non comme le droit applicable dans votre pays.
